Avec son album « L’imprudence », paru en 2002, Alain Bashung s’est engagé sur une voie expérimentale le long de laquelle il n’y a plus de « chanson » à proprement parler, mais plutôt des divagations poétiques et auditives. J’ai écrit plusieurs fois sur ce blog, notamment dans cette chronique, à quel point je trouve ce disque fascinant et magnifique.
Un mois plus tard seulement, Bashung approfondit cette expérience de façon pour le moins surprenante : à l’occasion du mariage avec sa dernière compagne Chloé Mons, les deux amoureux interprètent une lecture à deux voix de ce texte biblique, dans une église.
Inséré dans l’Ancien testament, le Cantique des cantiques est un splendide et long chant d’amour composé de huit poèmes, d’une sensualité torride, évoquant même la sexualité d’une manière particulièrement crue et déconcertante pour un écrit religieux (« Contour des cuisses comme un collier / fait à la main par un artiste » ; « Tes seins seraient des grappes de vigne » ; « Mon amant est pour moi un sachet de myrrhe, / il nuite entre mes seins » ; « Je te ferai boire (…) du jus de ma grenade » …). Pendant vingt-sept minutes, les voix de Chloé Mons et d’Alain Bashung dansent l’une avec l’autre, sur une boucle rythmique inlassablement répétée et une musique lente et hypnotique composée par Rodolphe Burger, qui se conclut par un solo d’une minute à l’harmonica.
Après avoir écouté de ce morceau, les Inrockuptibles ont parlé d’un « ovni musical » , dont un passage du Cantique des cantiques résume l’esprit (à 9’02) : « Quand tu parles, c’est magnifique. » En effet, c’est magnifique.
« Des baisers, oh… des baisers de sa bouche ! »