Billy Idol n’est probablement le plus humble des chanteurs : il faut un sacré melon pour choisir ce pseudo alors que son vrai patronyme est William Broad (c’est sûr que ça aurait fait un tantinet moins sexy à l’affiche d’un festival).
Il n’est pas non plus l’artiste le plus intègre, je veux dire le plus attaché à suivre son sillon sans se soucier de la réussite commerciale. En effet il a commencé la musique dans quelques groupes de la mouvance punk anglaise (Siouxie and the Banshees, Chelsea…), avant d’entamer une carrière solo au début des années 80, avec désormais une inspiration beaucoup plus new wave qui avait davantage de chances de lui procurer un succès commercial.
Pour ma part j’ai découvert Billy Idol quelques années après la sortie en 1983 de son deuxième album, « Rebel yell ». Il continue à s’y sculpter une image de rebelle indomptable, très kitsch et même assez ridicule à vrai dire : il a beau jouer les durs en faisant les gros yeux et en chantant avec la bouche bizarrement en travers à chaque fin de vers et le poing levé, pour se donner un air « pas tibulaire, tu vois, mais presque » (#refdeieuv), la musique qu’il y propose est plutôt policée, et en tous cas elle est tout à fait compatible avec les playlists des radios FM qui émergeaient à l’époque comme des champignons après la pluie (on entend même sur le titre « Catch my fall » un affreux solo de saxo hurlant, comme c’était très à la mode à l’époque). La rébellion kitsch de Billy Idol n’est plus très adaptée aux temps sombres que nous vivons (à mon avis, étant donné la gravité de ce qui se passe, il en faudrait une qui soit beaucoup plus franche et beaucoup plus virulente !).
Ceci étant, pour celles et ceux qui comme moi, ont apprécié ce disque à l’adolescence, il a encore le goût de la nostalgie, et il s’avère que plusieurs de ses chansons tiennent encore sacrément bien debout : ce mélange au shaker de punk, de rock (et même de hard-rock), de new wave, de pop et de funk est diablement efficace.
Dans mes jeunes années, j’appréciais notamment « Eyes without a face », un morceau assez sirupeux qui est devenu un énorme tube un peu partout dans le monde, et surtout « Flesh for fantasy ». Celle-ci est une chanson très ouvragée, à la tonalité assez sourde et inquiétante. La voix de Billy Idol, grave et sournoisement menaçante, ondule autour d’une mélodie tendue, portée par une basse puissante et par des synthés, une boîte à rythmes et des guitares électriques aux sonorités très variées (par exemple les guitares sont parfois d’une dureté distante, et ailleurs elles sont surchargées en réverbération, comme dans les quarante premières secondes). Dans le refrain, la façon dont Billy Idol claque ses « Flesh for fantasy » surligne le côté bad boy, d’une façon qui me réjouissait quand j’étais adolescent, et que je trouve encore plutôt réussie.
Il y a dans cette chanson, à 2’27, un pont assez original que d’innombrables apprentis guitaristes ont essayé de copier, qui se conclut par sur un cri rageur, « Flesh ! » J’aimais beaucoup ce passage, et je l’aime toujours. La rage n’est pas le sentiment que j’exprime le plus facilement. Peut-être que je devrais, parfois.

Mon Dieu j’avais complètement oublié ce morceau (et l’artiste) que j’aimais beaucoup à l’époque. Merci Greg 😉