Trois ans après l’énorme carton de « Play », Moby publie en 2002 un sixième album, « 18 », qui comprend moins de tubes mais qui persiste dans la voie d’une musique électro pas révolutionnaire pour un sou mais très efficace, et dont j’aime bien plusieurs titres fortement inspirés par les sonorités ambient ou trip-hop.
C’est notamment le cas de cette superbe chanson, lente et lancinante, qui installe une ambiance de calme gravité, grâce notamment à une boucle de guitare électrique qui revient tout doucement tout du long, et à d’amples vagues de synthés qui ondulent et enflent sur les refrains…
Grâce aussi et surtout à la voix magique de Sinéad O’Connor. Celle-ci est aussi claire et douce que d’habitude, mais on y discerne, comme toujours également, les pointes de fierté farouche et blessée qui la rendent si émouvante.
Écrit par Moby en 1984, alors qu’il avait seulement 19 ans, le texte introspectif décrit l’état intérieur d’un cœur lourd et désemparé (« The sadness flows like water » ), qui erre dans la nuit ou qui se réfugie sur le toit de son immeuble dans l’espoir de s’extraire du stress de la vie urbaine et de libérer son chagrin, mais qui se rend compte que les rues sombres et vides ne lui offrent aucun soulagement. Alors cette âme en peine en vient à ne plus voir le repos ailleurs que dans la dissolution, et elle implore qu’on l’aide à se disparaître dans les flots (« So lead me to the harbour / and float me on the waves / Sink me in the ocean / to sleep in a sailor’s grave » ).
L’alliage de la musique languissante de Moby, de ce texte plein de tristesse et de la voix nette et tranchante de Sinéad produit une impression de mélancolie douloureuse, de celles qui ont le don de me donner envie de réécouter plusieurs fois de suite un morceau pour libérer la mienne…
« The saddest songs are played
on the strings of my heart »
