Nichée au coeur du premier album de Lana del Ray, cette chanson ouverte sur un sample très proche de celui de « Bittersweet symphony » de The Verve, est un curieux melting pot qui mélange au shaker beaucoup de pop, un peu de hip-hop et de rap, des vagues amples de cordes, avec un texte scandé par une voix légèrement nasillarde de pin-up…
Quant aux paroles, elles parlent du pouvoir de l’argent, de la cupidité qui s’invite dans les relations amoureuses (« Um, do you think you’ll buy me lots of diamonds?« ), dans le sexe aussi bien que dans la vie publique (« Money is the anthem of success« )… Lana del Rey livre ici une chronique amère, cynique mais triste de ce qu’est la vie des célébrités, à laquelle elle aspire pourtant.
Comme souvent, la chanteuse américaine surfe sur le souvenir des sixties pour parler de la société dans laquelle elle vit. Ici c’est particulièrement flagrant dans le clip: on y voit une alternance entre des images de John Kennedy, de Jackie et de Marylin Monroe, et d’autres images d’un couple formé par Lana del Rey elle-même, coiffée et vêtue comme l’ancienne première dame, et un jeune homme noir présenté implicitement comme le président des États-Unis, et qui lui aussi finit par être assassiné. Est-ce une façon de sous-entendre que Barack Obama, alors président des États-Unis, est taillé un peu trop juste pour le rôle, est contraint à une forme d’immobilisme par les puissances de l’argent, est incapable de mettre vraiment en œuvre son slogan « Yes, We Can”?
Avec Lana del Rey, on ne sait jamais si les chansons sont aussi narcissiques qu’elles le paraissent ou si elles sont aussi subtilement critiques – pour parler crûment, on ne sait jamais si elle aussi naïve et superficielle qu’elle aime à le faire croire, ou si c’est elle qui mène la danse d’une main sûre. Jusqu’à quel point cette femme est-elle fatale? Cette ambiguïté n’est pas la moindre des raisons pour lesquelles je l’apprécie.