Depuis cinq jours, Dorian est à la maison, d’abord avec l’un de ses amis qu’il a rencontré durant sa longue période de bénévolat à Grande-Synthe dans l’association Utopia 56 (une association d’aide aux migrants), et seul depuis vendredi matin. Il m’a un peu aidé sur le chantier sur lequel je travaille depuis une semaine (il a fait de la peinture avec son pote), sinon il travaille beaucoup sur le mémoire qu’il doit rendre dans une semaine pour valider son expérience en protection de l’enfance (il travaille dans une Maison d’Accueil Familial qui accueille des fratries en tant qu’éducateur spécialisé). On relit ensemble son texte, et à cette occasion il me raconte son expérience, ses activités, le rôle qu’il joue auprès des enfants, la façon dont ils évoluent, et moi je lui parle de psychologie, de thérapie, ce qui donne des discussions très intéressantes d’adulte à adulte. Je suis admiratif de son engagement, de sa générosité, de son sérieux, de son calme, de son empathie profonde et sincère, de son intelligence émotionnelle, autant de qualités que j’étais loin d’avoir lorsque j’avais son âge, mais que j’observe depuis longtemps chez lui, avec sa petite sœur, avec ses amis, avec ses cousin·es… Hier soir nous avons eu une discussion sur ma vie affective, initiée par une question de sa part, et une fois encore j’ai été touché par son attention et sa capacité d’écoute. Comme toujours, nous discutons aussi de tout et de rien : de musique, de sport (vendredi soir on a regardé ensemble la victoire de Lens en Coupe de France, hier c’était la finale de Coupe d’Europe de rugby gagnée par l’UBB), de politique, de chevaux, de jardin… Il passe du temps avec les juments, leur donnant une impression de sécurité si puissante qu’elles l’ont tout de suite adopté, même celles qui sont un peu plus distantes que les autres.
Sa présence, pour plus d’une semaine, est un cadeau qui me remplit le cœur.
Je partage aujourd’hui « Mon Roi », parce que c’est une chanson d’amour écrite par un papa pour son garçon, parce que Dorian l’aime beaucoup, et parce qu’elle m’émeut. Dans ce morceau, Youssoupha s’adresse à son fils Malick à la première personne, et à l’instar d’Orelsan dans « Notes pour trop tard » , il lui donne quelques conseils de vie un peu naïfs, sans doute même un peu convenus aux yeux de beaucoup, mais qui n’en restent pas moins vrais : « C’est ceux qui n’ouvrent pas leur cœur qui sont les plus peureux » ; « N’essaie pas d’être parfait, essaie d’être heureux » ; « Si tu peux pas faire de grandes choses, fais de petites choses avec grandeur » ; « Si tu l’as déjà fait une fois, alors tu peux le refaire » ; « Même les plus belles choses s’arrêtent, il faut qu’tu l’acceptes / (…) Il faut savoir passer à autre chose, c’est normal » .
Dans le clip, on voit Youssoupha assis sur un banc avec son garçon, en train de lui parler pendant que Malick regarde son portable, comme pour tenir à distance ce moment d’intimité qui flirte avec la gênance. Un jour il prendra la mesure de l’importance de ces paroles, et plus encore de l’importance du fait que ce soit son père qui les ait prononcées, pour lui, avec l’espoir de lui transmettre un peu de ce qu’il a appris de la vie, d’éclairer son chemin et de l’aider à éviter quelques erreurs. Dans les dernières secondes du clip, Malick se retrouve seul dans le champ de la caméra, nimbé de lumière, comme s’il devait maintenant tracer sa propre route dans la vie, avec peut-être un peu plus de force et de sagacité grâce à l’amour et aux conseils de son père.
Dorian, lui, n’a pas besoin de conseils : il est bien assez clairvoyant, courageux, humble et altruiste pour faire les bons choix, pour écouter, pour se corriger quand il y a lieu, en gardant toujours comme cap unique le bien-être des personnes qui vivent et qui vivront autour de lui. Hier il m’a parlé de son envie d’avoir un enfant et du père qu’il essaiera d’être. Il sera merveilleux.
« Sache que le pire ennemi de l’amour, c’est la peur
(…)
Ne laisse pas la peur te mener à rien. »