Au coeur des années 80, à l’ère des boîtes à rythme, des synthés stridents, des guitares piano et des pulsations binaires et frénétiques, il y avait aussi dans la musique populaire des petites bulles de sensibilité, comme le premier album du groupe écossais Lloyd Cole & the commotions, sorti en 1984 (« Rattlesnakes).
Je l’ai écouté assidûment dans ma deuxième année d’étudiant, notamment pour cette chanson, que ma copine de l’époque m’avait fait découvrir. J’adorais les arrangements ouvragés, la montée en puissance progressive (un début presque a cappella, à peine soutenu par une batterie timide et une ligne à l’orgue synthétique, puis par l’arrivée à 0’37 d’une guitare qui se contente de petits coups discrets, et ainsi de suite), le pont chanté (« tou, tou tou… » ), et par dessus tout, le « I believe in love » à 1’14.
Eh oui, j’étais déjà un indécrottable romantique.
Au milieu de ces années 80, la musique était souvent froide, voire glaciale, notamment dans la cold wave de Cure. Ici au contraire, c’est chaleureux et flamboyant, romantique mais pas désespéré, littéraire mais pas austère. Cet album, c’est comme une trouée dans un ciel brumeux, un état de grâce d’autant plus chérissable qu’il fut assez fugace.
Loyd Cole cochait beaucoup de cases pour devenir une rock star (beau gosse ténébreux, charismatique, élégant, très bon mélodiste, doté d’une voix charnelle…), il a sorti plusieurs très beaux albums en groupe (« Mainstream » ) ou en solo (« Don’t get weird on me, babe » ), mais sa carrière n’a jamais vraiment décollé pour de bon et sur la durée. C’est un peu un mystère, mais en tous cas il m’est agréable, trente ans après que je l’ai découvert, de réécouter ce morceau subtilement construit et arrangé, qui a la séduction délicieuse du vintage.
« I believe in love, I’ll believe in anything
that’s gonna get me what I want and get me off my knees »