The Clash – « One more time »

Je ne suis pas du tout familier du mouvement punk. Il faut dire que son côté contestataire et anarchiste, les textes et la musique bruts de décoffrage et les chants rageurs ne correspondent pas spécialement à mon milieu social d’origine, qui se situait quelque part entre le petit-bourgeois et le petit-bobo. Entre Anne Sylvestre, Maxime Le Forestier ou Georges Moustaki, que mes parents écoutaient beaucoup, et Joe Strummer ou Sid Vicious, entre les pattes d’éph ou les cols pelle à tarte fuschia et les jeans troués et pleins d’épingles à nourrice, entre les chevelures ondulées et les coiffures à l’iroquoise, c’est quand même un peu le jour et la nuit.

Du coup ma connaissance du punk se résume à peu près à deux groupes et quatre albums: une compilation des Sex Pistols, et « Combat rock » , « London calling » et « Sandinista » de The Clash (ah oui, et un peu les Béruriers noirs). Mais je n’ai pas souvent écouté ces disques car je trouvais, et je trouve encore, que la plupart des titres sont un peu dispensables. Sur « Sandinista » par exemple, je n’aime vraiment que trois titres (« The magnificent seven » , « Police on my back » , et « One more time » donc), et c’est pareil sur « Combat rock » (« Should I stay or should I go » , « Rock the casbah » et « Straight to hell »). Je trouve ces chansons franchement formidables, mais le reste me lasse un peu, à vrai dire.

Cela dit, il est clair que The Clash est un groupe majeur de l’histoire du rock, mais aussi des mouvements de protestation sociale, et pas seulement en Angleterre.

Si j’aime les chansons que j’ai citées, c’est parce que ce n’est déjà plus du « pur » punk, mais un métissage riche et excitant entre des genres musicaux étonnamment divers – le punk, le rock, le hip-hop, le reggae, le ska, la new-wave, et même le gospel, le funk ou le disco! Cela donne des albums incroyables où c’est peu dire qu’aucun morceau ne ressemble à un autre. Un foutoir digne d’une chambre d’ado ? Un OVNI musical ? Plutôt une sorte d’orgie musicale – à la longue les orgies ça file un peu la nausée, mais si on ne garde que les morceaux de choix, ça donne un putain de repas gastronomique.

Ce qui est très impressionnant aussi avec The Clash, c’est l’intégrité et l’humilité. Voilà un groupe qui a signé avec CBS pour pouvoir toucher un public plus large, mais qui a renoncé à ses royalties sur les 200.000 premiers disques vendus (!!) afin que le triple album « Sandinista! » soit vendu à un prix plus accessible. Un groupe qui payait de sa poche les dégradations des fans pendant les concerts (il y avait parfois « quelques » chaises cassées…), et qui descendait se mêler à la foule après ses concerts. Un groupe dont la légende dit que même après quatre albums très bien vendus, ils touchaient de leur maison de disques un salaire hebdomadaire d’environ 200 dollars chacun. Bref, voilà des types qui se révoltaient contre l’Angleterre conservatrice et ses inégalités sociales, qui parlaient de révolution, mais ce n’était pas pour rigoler ou pour jouer les rebelles de pacotille: ils donnaient vraiment de leur personne.

Et la chanson ?

« One more time » dénonce l’insalubrité et la désespérance des ghettos, où la vie ressemble à un interminable toboggan vers on ne sait pas trop où, mais pas vers un avenir radieux en tous cas. Tout cela est parfaitement rendu par une musique et un rythme lancinants et martiaux. C’est un morceau désabusé, mais aussi révolté. La première phrase attire l’attention sur « toute cette misère » , sur laquelle il faudra bien ouvrir les yeux et dont il faudra bien sortir, et le plus vite sera le mieux.

Si c’est cette chanson que je préfère dans la discographie des Clash, c’est peut-être parce que comme on dit, toute ressemblance entre cette description des ghettos et ce qu’on pourrait écrire au sujet de la société industrielle dans son ensemble « ne serait pas totalement fortuite » .

« Must I get a witness for all this misery ?

There’s no need to, brothers

Everybody can see »

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