Excellente analyse par la Ligue pour la protection des oiseaux du caractère dramatique des mesures annoncées par le premier sinistre pour calmer la colère non pas DES agriculteurs français, mais des tenants de l’agriculture industrielle.
Une grande partie de ces mesures d’urgence « ne vise qu’à affaiblir les réglementations environnementales en faveur de la préservation de la biodiversité, pourtant aucunement responsables de la détresse paysanne, en revenant sur les rares avancées écologiques dans le secteur agricole sous la pression de l’agro-industrie. »
« La LPO est solidaire des paysans qui revendiquent de produire une alimentation saine et de toucher des revenus dignes en préservant les écosystèmes et les paysages. Notre association est également favorable à un partage plus équitable entre les agriculteurs des aides de la Politique agricole commune (PAC), en favorisant l’utilisation de cet argent public pour accompagner la transition agroécologique. Enfin, la LPO souhaite que l’agriculture biologique soit davantage soutenue par une politique alimentaire ambitieuse et soutient la mise en place de mesures miroirs sur les produits d’importation afin de ne plus favoriser le moins-disant écologique.
Ceux qui aujourd’hui cherchent opportunément à opposer la protection de l’agriculture à celle de la nature sont les tenants d’un modèle ultra-libéral dont les profits sont confisqués par la grande distribution et les industriels sur le dos des agriculteurs, que les gouvernements successifs et la FNSEA ont guidé dans l’impasse actuelle avec l’aide de la PAC. Pour que les exploitants vivent justement de leur métier, il est nécessaire de faciliter leur engagement massif dans la transition écologique.«
[Ceci rejoint une idée que je répète souvent: bien entendu, je ne dis pas, et les écologistes ne disent pas que ce sont les agriculteurs qui sèment la mort: ce qui est en cause, c’est un modèle agricole, industriel et productiviste à outrance, celui qui est défendu par la FNSEA et par l’industrie agro-alimentaire. Mais nous avons évidemment besoin de l’agriculture paysanne, celle qui nourrit de façon respectueuse du vivant, et donc de façon durable.]
La suite de l’analyse de la LPO est très intéressante et percutante, dossier par dossier (pesticides, haies, zones humides, jachères…)
Exemple avec les haies.
« Depuis 1950, près de 70% des haies ont ainsi disparu des bocages français. Causes de cette hémorragie : le regroupement des parcelles agricoles, la mécanisation de l’agriculture, l’expansion urbaine, le non entretien des haies existantes et le déclin de l’élevage extensif.«
Cette tendance est catastrophique: « Habitats indispensables à la survie de nombreuses espèces sauvages, les haies limitent l’érosion des sols, participent au stockage du carbone, régulent la ressource en eau, fournissent de l’ombre pour le bétail, tout en ayant un effet coupe-vent. » Les haies sont « essentielles à la biodiversité. »
>> Il faut absolument préserver et même planter les haies.
Et pourtant, « Gabriel Attal a déclaré qu’il comptait réduire de 14 à 1 les normes s’appliquant aux haies » !!
Au passage, « Annoncer la simplification de leur destruction est contraire à la Stratégie nationale biodiversité 2030 du Gouvernement, et contradictoire avec l’engagement pris lors du lancement du « Pacte en faveur de la haie » le 29 septembre 2023. Le Ministre de l’Agriculture avait alors annoncé un objectif de replantation inédit visant un gain net total de 50 000 km de haies d’ici 2030. »
D’abord on promet, puis on fait l’inverse de ce qu’on a promis: c’est quasiment une loi générale en matière de politiques environnementales… ![]()