Il y a quelques jours, alors que nous parlions de #musique avec mon garçon Dorian, j’ai dressé la liste des mes cinq groupes préférés, et The Cure s’est imposé immédiatement à mon esprit (avec The Police, Pink Floyd, The Beatles, Talk Talk, The Smiths et Radiohead, par ordre chronologique de découverte – et merde ça fait 7, mais comment en enlever ne serait-ce qu’un seul de cette dream team musicale?).
Ce sont les groupes que j’ai le plus écoutés, et qu’aujourd’hui encore j’écoute avec le plus de plaisir, notamment parce qu’ils me replongent dans la plus douce-amère des nostalgies, celle de l’adolescence – le moment par excellence de la découverte et, si tout va bien, de l’autonomisation et de la construction de soi.
The Cure n’est pas le groupe que j’aime le plus, et en tous cas ce n’est pas celui pour lequel j’ai le plus d’admiration (de ce point de vue Talk Talk est insurpassable pour moi), mais je crois que c’est celui qui m’a le plus marqué, qui a été le plus important pour moi, et qui m’accompagnera peut-être le plus loin dans ma vie.
J’ai commencé à écouter « The head on the door » , « Pornography » et « Faith » quand j’étais en seconde, au lycée Mounier de Grenoble, un grand, morne et sévère bâtiment de béton en L. Je me souviens que parfois, entre midi et deux, je sortais du lycée et je faisais une balade dans la ville, en me morfondant et en me désespérant de ne pas pouvoir, comme les autres, appartenir à un groupe, à une bande – je me sentais décalé par rapport à l’aisance de mes copains de classe, isolé, incompris…
Bref, j’étais adolescent.
Et je me demandais souvent, comme dans les derniers vers de « Siamese twins » (la troisième chanson de l’album « Pornography », mon préféré), « Is it always like this? »
The Cure a accompagné la prise de conscience de ma grande difficulté à être au monde et avec les autres. Même si mon anglais était très frustre, j’en savais assez pour comprendre que Robert Smith avait réussi à sortir de lui ce qui était profondément enkysté en moi-même.
J’étais aussi saisi par sa voix, dont parle si bien Michka Assayas: « sa voix inimitable, dans laquelle vibre encore la gêne d’un adolescent qui dit tout ce qui lui fait mal, qui en ressent une sorte de honte… et pourtant qui y va, avec une générosité sans frein » . Ce courage du dévoilement, de l’armure que l’on dégrafe et que l’on fait tomber, c’est une choses qui aujourd’hui me bouleverse, et c’est exactement ce que j’essaye de le mettre en œuvre dans mes relations avec mes proches, mais aussi dans mes chroniques musicales, bien que je sache qu’elles peuvent être lues par des gens qui risquent de trouver ça impudique ou ridicule.
De façon plus anecdotique (mais c’est quand même significatif), The Cure est aussi le seul groupe ou artiste dont j’ai acheté un 45 tours (« A night like this » ), je me souviens exactement où et quand, et pour quelle occasion. Je me l’étais fait confisquer par un vigile qui croyait que je l’avais volé, alors qu’il venait d’un autre magasin – je n’avais même pas eu le temps de le poser sur la platine de mes parents!
Alors pour des tonnes de raisons, j’ai une affection infinie pour ce groupe. À l’époque où je l’ai découvert, je ne savais pas le moins du monde à quel courant musical il fallait le rattacher (je ne connaissais même pas les concepts de « new wave » ou de « post-punk » ). Peu importe, j’adorais cette musique sombre, blafarde, mais néanmoins très mélodique, qui a été l’un des médicaments les plus précieux de ma jeunesse.
La seule chose dont je sois resté à l’écart avec ce groupe, c’est du look arachnéen et androgyne de Robert Smith (j’ai toujours été habillé et coiffé de façon très sage…).
Mais vous l’avez compris, The Cure a énormément compté dans ma vie, et le jour où j’apprendrai la mort de Robert Smith, je sais déjà que je serai à ramasser à la petite cuillère.
Alors j’ai écouté avec beaucoup d’émotion cette série de cinq podcasts de France Inter sur l’histoire du groupe, à l’occasion de la sortie de ce qui sera peut-être son tout dernier disque (avec notamment une dernière chanson crépusculaire et fantastique, « Endsong » ). Je vous la conseille très vivement (notamment les épisodes 3 et 4, dans lesquels Michka Assayas commente brillamment et avec une grande sensibilité ses chansons préférées de The Cure).
