Bien que je ne sois pas le plus grand fan de Dalida (euphémisme), et encore moins d’Alain Delon (euphémisme +++), j’ai toujours été touché par cette chanson, par l’espèce de désespoir outragé exprimé par une femme qui, à la longue, à force d’attendre un homme charmeur mais velléitaire, s’est lassée de souffrir, et décide donc de le laisser prêcher dans le désert.
L’homme séduit et complimente (« Tu es pour moi la seule musique qui fait danser les étoiles sur les dunes » ), il supplie (« Écoute moi / Je t’en prie » ), il promet (« Je te jure » ), il a même le culot se plaindre et de faire des reproches (« Comme j’aimerais que tu me comprennes / que tu m’écoutes au moins une fois » ).
Mais en retour, cette femme lui renvoie que vient un moment où les mots, les promesses, les engagements non suivis d’effets font plus de mal que de bien, et où seuls comptent les actes: « Si tu savais comme j’ai envie d’un peu de silence » . L’amour virtuel, l’amour potentiel, l’amour qui parle mais qui ne se vit pas en actes, est-ce vraiment de l’amour? Comme l’a écrit le poète surréaliste Pierre Reverdy dans une célèbre phrase, « il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour » : c’est un peu, au fond, ce que cette chanson met en musique.
Puisque Dalida et la variété française ne sont pas ma tasse de thé, j’ai cherché une reprise à peu près convaincante, et je suis tombé sur cette jolie version issue d’un disque de reprises de la chanteuse égyptienne produit par le trompettiste franco-libanais Ibrahim Maalouf. Ici le rythme et l’orchestration sont très éloignés du disco et de la variété, ils s’apparentent à une bossa lente et chaloupée avec, dans les ponts et les refrains, des coups brefs et graves d’un orchestre de cuivres.
L’autre originalité de cette reprise, c’est que les rôles sont inversés entre l’homme et la femme: c’est Monica Bellucci qui entreprend d’enjoler par les mots, et c’est Matthieu Chedid qui se défend et se protège, avec une voix de tête aiguë qui souligne à quel point il est sur la brèche à cause de cette relation frustrante.
Que pourra-t-il sortir de ce dialogue? À l’origine, la chanson a été écrite pour évoquer une relation vouée à l’échec (d’autant plus que Dalida et Alain Delon avaient déjà eu par le passé une brève amourette). Mais j’aime à croire que ce que cet homme exprime, ce n’est pas « Continue à semer tes paroles au vent » , c’est au contraire « Plante les dans mon cœur, ces paroles, pour de bon cette fois. Vite, vite, maintenant. »