Voici une chanson pour se laisser ensorceler par une histoire d’amour naissante, par l’excitation de découvrir une personne et de pressentir que son univers pourrait correspondre au notre, de constater qu’elle occupe déjà une place de plus en plus grande de notre esprit, que notre coeur s’anime et accélère subtilement quand on voit son nom ou son avatar apparaître sur un écran… Peut-être qu’une ouverture est en train de se créer vers quelque chose de beau et de doux, et on meurt d’envie de se laisser griser.
En tous cas le champ lexical de cette chanson dit bien ce désir de bonheur et de plaisir qui nous titille alors (« intuition » , « allégresse » , « douceur » , « mer qui balance« …), mais aussi les sentiments d’ampleur et de plénitude qui en découlent quand cette étincelle et cette excitation sont partagées (« respect » , « confiance sereine » , « la démarche paisible » …)
Musicalement, l’absence de refrain et l’entrée en scène progressive des instruments (d’abord les violons et les violoncelles, puis la rythmique à 0’53, puis le piano à 1’40, et enfin la guitare à 3’02), le volume des nappes de cordes qui enfle doucement, tout cela évoque une lente montée du désir, qui se métamorphose soudain en extase au moment du « choc sublime et aveuglant » . Au maelstrom émotionnel correspond alors un tourbillon musical, et j’ai envie de me laisser emporter par les deux à la fois.
Avec cette chanson, Étienne Daho évoque superbement des images de rendez-vous galant, dans la tiédeur d’une fin d’après-midi, au fond d’un bar bondé qui concentre à lui seul « la rumeur de Paris » . « Il fut long le chemin, / et les pièges nombreux, / avant que l’on se trouve » – enfin, l’âme sœur se trouverait-elle devant moi ?
Pourrait-on interpréter aussi cette chanson comme une métaphore de la rencontre, enfin, avec soi-même ? C’est peut-être un peu tiré par les cheveux, mais j’aime bien cette idée que l’on passe du temps à vivre loin de soi, sans se connaître vraiment, sans s’accorder l’intérêt et la sollicitude qu’on mérite comme tout un chacun, et qu’un jour on peut décider de se connecter davantage à soi. Quand on commence à y parvenir, ça change la vie.
Quoi qu’il en soit, cette chanson est sublime du début à la fin, à tous points de vue: le texte, la musique, l’orchestration, la voix suave et sexy, l’élégance et la sensualité timide et vibrante qui émanent de l’ensemble…
Touché par la grâce, Étienne Daho offre ici est une chanson absolument parfaite (même la pochette du single est magnifique, avec ce regard d’une douceur et d’une intensité à chavirer).
Et moi qui ne suis pas un grand amateur de poésie, je suis émerveillé par la limpidité et la beauté des vers qui suivent, car ils décrivent parfaitement le tour que, depuis quelques années, je veux donner à ma vie.
« Aller vers son destin
L’amour au creux des mains
La démarche paisible »
« Et plus tu t’ouvres à moi,
et plus je m’aperçois
que lentement je m’ouvre…
Et plus je m’ouvre à toi,
et plus je m’aperçois
que lentement tu t’ouvres… »