« Tu seras aimé le jour où tu pourras montrer ta faiblesse sans qu’un autre s’en serve pour affirmer sa force. »
Cette phrase de l’écrivain italien Cesare Pavese est l’une de celles qui m’émeuvent le plus. Je suis un homme sensible, fragile et vulnérable, et il ne me suffit vraiment pas de grand chose pour être affecté, dans un sens ou dans l’autre – pour rire et m’amuser comme un gosse, ou pour m’angoisser et pleurer comme un môme. Si des faibles, des lâches, des frustrés, des jaloux ou des méchants ont envie de me faire du mal en s’armant de ce qu’ils savent de mes failles, eh bien qu’ils y aillent, et que Dieu ait pitié d’eux (je ne crois pas que Dieu existe, c’est juste une formule pour dire que ces gens-là ne valent pas cher).
Malheureusement pour lui, Cesare Pavese n’a pas réussi à obtenir cette compréhension et cet amour bienveillant, protecteur et rassurant qu’il désirait ardemment : le 27 août 1950, à pas même quarante-deux ans, il s’est suicidé dans une chambre d’hôtel de Turin, en laissant sur sa table un mot qui a sans doute retourné le bide de ses proches : « Je pardonne à tout le monde, et à tout le monde je demande pardon. Ça va ? Ne faites pas trop de commérages. » Pour lui la coupe était pleine… Deux ans plus tard, la phrase que je mets en exergue paraissait de façon posthume dans son journal intime, qui sera baptisé Le métier de vivre. Dur métier, certains jours…
Heureusement, il y a aussi des jours où vivre n’est pas un métier laborieux, douloureux, décourageant ou éreintant, mais une aventure passionnante et excitante, dans laquelle on se plonge les yeux ouverts et le coeur gonflé de désir et de confiance. Dans mon cas personnel, je crois que si je vis beaucoup plus qu’avant selon la deuxième de ces modalités, c’est en grande partie parce que je réussis de mieux en mieux à accepter et à dévoiler ma fragilité, ma sensibilité, mon besoin d’affection et de connexion. Cette phrase de Cesare Pavese est de celle qui m’a donné le courage de me livrer, et quand je pense aux moments de joie que cela m’a valu, que cela me vaut et que cela me vaudra encore, j’éprouve une grande gratitude pour cet écrivain.
